Je vais partager avec vous mon expérience, mon vécu de photographe à destination d’un refuge pour animaux de compagnie. Chiens, chats. Partager pour pourquoi pas motiver et amener de jeunes photographes) à donner plus de temps et d’investissement dans vos refuges locaux. Aider un refuge SPA c’est une grande aventure indispensable.

Des débuts pas toujours faciles
Il faut reconnaitre que la plus grande difficulté ne consiste pas juste à trouver un refuge d’accueil mais aussi du temps. On a tous des emplois du temps archi plein : vie de famille, vie pro et j’en passe. Donc avant toute chose il faut être en capacité de se dégager du temps de manière régulière ou occasionnelle ais sur une régularité de temps. Pas juste une heure tous les 2 ans. Je parle de régularité sur l’année. Personnellement j’ai donc dégagé des samedis matins pour m’investir dans un refuge pour animaux à Mornac en Charente au refuge de l’Angoumois. J’e m’y rend un à deux samedis par mois environ en fonction des besoins.
Le plus difficile c’est d’abord de passer le cap d’entrée. En effet les refuges sont habitués à recevoir des bénévoles de toutes sortes qui déchantent très vite au bout de quelques essais. S’investir dans un refuge c’est en effet du temps, de la patience et de la régularité. Les photographes c’est pareil : beaucoup font un essai et ne revient jamais.

Donc avant de démarcher : posez-vous, interrogez-vous sur ce que vous pourriez faire, comment, quand, combien de temps. N’y allez pas juste pour essayer de gratter votre pub ou pour poster sur les réseaux « j’ai fait une séance pour un refuge spa ». Faites le car vous avez réellement envie d’apporter du concret et un avenir aux chiens et chats en attente d’adoption.
Une fois que vous êtes conscient de cet engagement vous pouvez alors démarcher, rencontrer les équipes. Laissez-vous le temps de vous familiariser avec les locaux, l’endroit. Laissez aussi aux gens du refuge de s’habituer à vous, comprendre votre démarche. Les débuts sont souvent complexes humainement le temps que chacun vous fasse confiance et découvre que vous souhaitez vraiment vous investir sur long terme.
Les chiens, les chats : faire de la photo c’est du boulot
La photo d’animaux de refuge ce n’est pas comme une séance client avec des chiens au carré. C’est s’adapter à des animaux avec un passif compliqué, des chiens et chats en mauvais état, apeurés, perdus, agressifs par peur, instable. Il faut vraiment intégrer le fait que non, vous n’êtes pas là pour faire votre portfolio ? Vous êtes là pour les sublimer, les valoriser et devenir un facilitateur d’adoption.

On va les mettre en valeur : avoir des volumes sans distorsion, on va sélectionner les poses les plus avantageuses, faire du portrait, du chien en entier, photographier les interactions avec l’humain. Il faut produire de l’image rapide en terme de durée, pour attirer els futurs adoptant tout en limitant l’anxiété de l’animal photographié. En effet très souvent ils ne sortent pas aussi régulièrement que votre animal à vous. Les bénévoles viennent faire les promenades mais ça reste des sorties trop rares. Ils ont donc besoin de profiter.
La séance sera donc axée au début de ballade ou à la fin en fonction de l’animal. Mais pensez que parfois la présence de votre objectif sera perturbante pour l’animal : peur angoisse, agressivité. Sachez don vous adapter, être rapide en cas de besoin pour ne pas que l’animal sature au niveau émotionnel mais tout en capturant assez d’images sympa pour qu’il soit mis en avant.
Organisez vos séances photos avec les animaux du refuge
Shooter des animaux de refuge seul c’est impossible : sécurité, complexité, non connaissance des pensionnaires, perte de temps etc. Si vous allez en refuge faire de la photo : consultez les équipes et organisez les choses correctement. Planifiez les séances, réunissez une équipe de bénévoles qui sera là le jour J, une liste des animaux à photographier en priorité. Les bénévoles s’occuperont de vous amener les animaux au fil de l’eau et vous les présenter. Vous de votre côté pouvez enchainer et optimiser le temps passé sur place. Sans organisation définie c’est le bordel assuré et vous allez finir par jeter l’éponge.

Le traitement de l’image et ses limites
Suivant le refuge il y aura des différences dans la possibilité de décors, ou de lieu. Des refuges auront des parcs ou l’animal évoluera en liberté. L’avantage c’est qu’il sera plus facile d’obtenir des poses naturelles. Mais d’autres ne permettront qu’une ballade en extérieur pour permettre la réalisation d’images. Il faudra donc tenir compte que le bénévole ou l’agent du refuge sera sur l’image. La classique photo de « jambes avec un chien ». Car le problème c’est que ces petits loulous l’éducation et les ordres de base c’est parfois compliqué tout comme faire confiance à l’humain une nouvelle fois.

On aura donc des difficultés pour avoir des assis, couché, pas bouger. Le chien posé tranquille en bout de laisse et son bénévole à 10 m de lui c’est souvent une utopie. Donc adieu l’image parfaite et rêvée du chien qui pose. Soyons franc c’est compliqué. Il faudra alors user d’astuces : jeux, friandises, positionnement, exercices court pour limiter la présence de l’humain. L’idéal reste de n’avoir que la laisse à supprimer en post production. Mais il faudra vous rentrer dans la tête que ce ne sera pas toujours possible.

Question traitement et retouche on restera naturel, sans manipulation de l’animal. Ne cherchez pas à faire de l’esthétique artistique : une gueule cassée on doit l’assumer c’est ce qui fera le charme de ‘animal. Pour un bandage ou une tonte de chirurgie passe encore. Mais si la marque est définitive : ne cachez rien. Il faut conserver un équilibre entre image et réalité pour le futur adoptant.
Réseaux, publicité et visibilité : le photographe et son crédit
Je l’avais déjà abordé dans un article précédent le respect du crédit d’auteur est une obligation pas un cadeau. Donc si vous vous engagez avec un refuge ils s’engagent aussi à veiller au respect de votre propriété intellectuelle. Ne voyez pas ça comme de la pub gratuite ou de la visibilité. créditer un œuvre c’est respecter son auteur.

L’identification ou l’insertion du crédit photo est avant tout une obligation légale. Point. Pas de la pub ou autre. Pas de la visibilité. Le relais de ces photos via vos propres organes de communication peut aussi aider à ramener de l’audience sur les sites et réseaux des refuges. Soyez intelligent et pensez à leur faire une véritable visibilité. Là c’est encore une preuve d’engagement envers les animaux abandonnés. On apporte de la visibilité aux animaux, pas aux gestionnaires. Personne ne se fera d’argent avec vos photos.
Par contre si votre attente numéro un est la recherche de publicité, visibilité au travers de votre participation vous n’avez rien à faire en refuge. On n’est pas là pour faire du marketing sur le dos des associations et refuges pour animaux. J’en vois parfois sur les réseau où ça transpire l’intérêt personnel au lieu d’un investissement réel. Il faut certes bénéficier de la visibilité que ça peut offrir dans le cadre de votre activité professionnelle, mais en aucun cas demeurer un leitmotiv.
Calendrier et autres débouchés photographique
Je suis partisan de laisser l’usage de mes photos aux refuge de manière gracieuse pour toute utilisation. Pourquoi ? Car la finalité commerciale sera au bénéfice des animaux de refuge et non pas à destination d’un quelconque enrichissement personnel. La cause est juste, les sources de revenus complexes, et les charges de fonctionnement titanesques. Alors si tirer profit de ses images peut aider à dégager un peu de chiffre qu’ils ne s’en privent pas.

Attention tout de même certaines associations ne sont pas forcément clean ou correctes. A vous de suivre les choses et de conserver un entente équilibrée et respectueuse auprès de l’ensemble de l’équipe. Ne tombez pas sur eux pour un oubli lors d’une publication malheureuse, mais soyez ferme sur un non-respect régulier des règles d’usage de la propriété intellectuelle. Souvent c’est dû à une méconnaissance, et non à une envie de nuire. Bien que je sais que certains photographes ont connu des situations malheureuses.
Mais rassurons nous c’est loin d’être une généralité ! Le temps est une denrée rare et le côté chronophages des réseaux fait qu’on peut oublier parfois de créditer l’auteur. Donc à mesurer avec équilibre.
Et puis pensez que vous allez pouvoir faire plaisir aux bénévoles qui s’investissent tellement. Une photo c’est un cadeau précieux, un témoignage de leur temps auprès des chiens et chats. Eux aussi vous créditeront si vous leur expliquez en amont. Faire de la pédagogie est important.
Photographe pour les refuges animaliers : investissez-vous sérieusement
Je le dis et je le répète : ne venez pas toquer aux portes des refuges si vous n’avez pas une intention sérieuse ou assez de temps à y consacrer. Ne faites pas la démarche pour vous afficher sur les réseaux mais bien pour une cause qui mérite votre temps. Les équipes dans les refuges sont déjà débordées, donc on évitera de venir leur faire des promesses pour ne jamais donner suite, ou ne pas envoyer les photos. Oui ce sont des choses qui sont arrivées. Les photographes ont aussi leur part de tort dans certains cas.

Et si on vous dit « oui mais d’autres photographes viennent déjà » : Ok mais à quelle régularité ? Quelle production ? Est-ce que vous pourriez apporter une plus-value, une meilleure dispo en vous associant tous ? La finalité est centralisée sur les pensionnaires. On peut très bien travailler à plusieurs ou encore organiser des évènements thématiques pour créer des supports de communication. Soyez juste créatif et apportez quelque chose de différent. Soyez communicatif et favorisez l’échange intelligent. La finalité n’est pas de « piquer » le travail de quelqu’un mais de travailler pour les animaux ensemble et dans un objectif unique.
Une chose demeure avant tout : s’investir dans la photographie d’animaux de refuge est une manière d’aider tous ces chiens et chats à trouver une nouvelle famille. Apporter votre aide est un maillon dans cette chaine incroyable et solidaire. Dans l’objectif permanent d’aider les animaux à trouver une famille qui va les accueillir et leur offrir une nouvelle vie. Et vous en parallèle ? Vous apporterez aussi du bonheur aux bénévoles et des moyens de communication à des refuges qui en ont bien besoin.