Ce projet est un retour aux sources. Un retour à ma toute première série photographique, mais aussi à mes racines de soigneur équin. Le maréchal-ferrant, à mes yeux, est un orfèvre. Il pare, forme, ferre. Il soigne. Son geste est précis, engagé, porteur de sens.
Le pied du cheval est une structure complexe. Il conditionne le confort, la locomotion, la performance, et parfois même la guérison. Ce métier ancien ne cesse d’évoluer, entre pratique, savoir empirique et avancées scientifiques. Pourtant, il reste traversé par des courants de pensée opposés : ferrure ou pied nu. J’ai choisi de ne pas entrer dans ce débat. Mon regard s’est porté ailleurs — sur le savoir-faire, sur les compétences, sur le geste.
Ce qui m’intéresse, c’est la posture, le regard, la matière qui se transforme — sa forme, sa texture, sa couleur. Ce métier est exigeant. Il engage la responsabilité de l’artisan sur la posture du cheval, ses performances sportives, son avenir. Le maréchal-ferrant ne se contente pas de forger : il corrige un aplomb, soulage une douleur, accompagne une guérison. Et parfois, sans même poser un fer.
À l’origine de cette série, ma photographie était encore hésitante, en quête d’intention. Je tâtonnais, je cherchais. Aujourd’hui, j’ai voulu dépasser ces limites en ajoutant une contrainte qui est devenue ma signature : intégrer la lumière du studio dans mes prises de vue. Cela m’a permis de créer une atmosphère profondément intime, centrée sur le cheval et l’artisan. Une lumière qui révèle le geste, sa manière, et tout ce qu’elle contient de savoir, de responsabilité, de beauté.
Dans un monde où les prouesses technologiques tendent parfois à effacer l’artisanat, « Savoir Fer » s’élève comme un hommage à un métier ancestral, indémodable et profondément humain.
Le maréchal-ferrant, orfèvre du pied du cheval, unit la connaissance minutieuse de la biomécanique équine à l’expertise d’un artisan qui sculpte la matière pour chausser et soulager. À la fois soigneur et technicien, il œuvre dans l’ombre, redoublant d’efforts pour faire évoluer ses pratiques au fil des avancées scientifiques et des innovations techniques.
Ce métier, souvent ignoré, traverse les âges, toujours en quête d’une adaptation subtile aux nouveaux matériaux, aux progrès de la médecine vétérinaire et aux exigences sportives. Le cheval, à travers les mains du maréchal-ferrant, trouve un confort optimal, un soutien orthopédique sur mesure, tout en améliorant ses performances et son bien-être.
« Savoir Fer » interroge également la pérennité et la transmission des savoir-faire manuels. Aujourd’hui, le maréchal-ferrant n’est plus seulement un artisan qui travaille la matière ; il est un professionnel formé, constamment enrichi par des nouvelles connaissances.
Son rôle dépasse celui du simple poseur de fer : il incarne l’expertise indispensable à l’univers de l’équitation. Comme le rappelle l’adage : « pas de pied, pas de cheval ».
Dans cette série photographique, j’ai voulu offrir une vision artistique, plus qu’un simple documentaire. Un défi technique et esthétique, fruit d’une rencontre avec des maréchaux-ferrants animés par la passion de leur art.
À travers un éclairage intimiste, j’ai cherché à magnifier chaque geste : l’effort, la précision, le fer habilement formé, les volutes de fumée s’échappant dans l’air, enveloppant l’homme et le cheval dans un ballet silencieux. C’est cette communion, ce lien de confiance et de complicité entre l’humain et l’animal que j’ai voulu saisir et transmettre.
Cette série ce sont 20 photographies retenues, elle détaillent le processus de travail du maréchal ferrant. Désormais j’aspire à voir ces travaux prendre vie au travers d’une exposition. Vous pouvez découvrir un extrait des photographies retenues.
Vous êtes une entreprise et vous souhaitez soutenir la création ? Soutenir financièrement ce travail ouvre droit à un allègement fiscal (à hauteur de 60% des sommes versées). Ce mécénat a pour objectif la réalisation d’une exposition des photographies crées. N’hésitez pas à me contacter afin que je puisse vous apporter de plus amples informations.
J’ai la chance qu’une des photos de cette série ait été primée lors du concours « Immersion » en partenariat avec la FFPMI et le FAFCEA. Une première place remportée dans la catégorie « Fabrication et Services » grâce à une photo réalisée avec Kevin Boudan-Vivier, maréchal ferrant, aux écuries Foeller Sport Horse
Ce travail photographique est le fruit d’une collaboration avec 4 jeunes maréchaux ferrant de Charente. Trois hommes une femme. Des professionnels d’une richesse d’échange et de partage peu commune
Maréchal ferrant en Charente
Maréchal ferrant en Charente
Maréchal ferrant en Charente
J’ai souhaité conserver une approche visuelle très traditionnelle du maréchal ferrant, sûrement influencée par mes expériences passées dans le monde équestre. Mais après une première réalisation née il y a 8 ans, il m’était nécessaire d’apporter ce savoir-faire sous un autre éclairage.
Je souhaite emmener avec moi le spectateur dans mon regard de l’instant. Dans l’observation du geste calculé, réfléchi. Au travers de ces images c’est apporter plus qu’un artisan mais bien démontrer la technicité et la maitrise indispensable pour œuvrer, associée à une forte pénibilité.
Le réel défi de cette série était d’inclure un éclairage artificiel à l’aide de l’éclairage. Dans un espace restreint, il faut s’adapter en permanence aux gestes et aux méthode de l’artisan qui œuvre. Il faut être très réactif.
Ce travail photographique s’est révèle très technique et complexe, mais permettant de créer des images inédites.
Au cours de ce projet photographique, mes recherches (thèses, études, échanges) m’ont exposé à des opinions tranchées sur le pied nu et le ferrage. Avec le temps, j’en conclus que ce débat est vain. Le cheval moderne exige une prise en charge adaptée à ses besoins spécifiques, son environnement, son activité et sa biomécanique.
Prôner le bien-être sans considérer ces aspects peut parfois aboutir à une maltraitance. J’ai aussi observé l’émergence de pseudo-spécialistes et de tensions entre maréchaux-ferrants et « podologues équins ». Il est important de rappeler que les soins au pied restent des actes vétérinaires, et seuls les maréchaux-ferrants, professionnels réglementés, sont habilités à les pratiquer. Une évolution vers une discipline encadrée, telle que le parage naturel, reste un sujet débattu.
Ce projet ne vise pas à prendre parti, mais à favoriser un dialogue constructif pour une prise en charge du pied équin par des professionnels compétents et qualifiés et vraiment formés pour le faire. Restez avant tout ouvert aux autres et au fait de ne pas toujours être en accord de manière commune. L’ouverture d’esprit est une richesse qu’on ne doit pas oublier.
Merci à tous et à toutes !
Franck