C’est quoi une critique photo

Pour faire simple une critique est avant tout une analyse de votre photo. L’intérêt est d’abord une évaluation : la composition, la colorimétrie, la lumière. On va essayer de voir ce qui a fonctionné et ce qui est perfectible voire carrément problématique. On peut dans un profil généraliste de photographe non expert lister les problèmes de mise au point (MAP), les problèmes de vitesse, des lumières dites cramées donc sans informations, des ombres dites bouchées donc sans textures, un horizon penché et qui nuit à la lecture de l’image, le placement du sujet ou encore  des éléments qui vont perturber la liste est longue.

Dans un second temps on va aussi voir ce que la photo peut apporter. Est-ce qu’elle raconte quelque chose, qu’avez-vous souhaité montrer et pourquoi. Une photo ne doit pas toujours se contenter d’être juste jolie quand on la soumet. On soumet pour voir si elle fonctionne auprès d’un public. Si ce que l’on a imaginé, mis en place va parler à quelqu’un d’autre. Si son message est clair.

On a tendance parfois à occulter le fait que ce nous pensons être clair pour nous ne l’est pas forcément pour les autres. L’intérêt de s’ouvrir à la critique permet justement de relever des points sur lesquels on serait inattentif. Ais je bien réfléchi à la construction de ma scène, comment ma photo va se lire, comment emmener le regard, l’émotion est-elle visible etc.

A quoi sert une critique photo

Une critique a plusieurs objectifs. Le premier est simple il a pour intérêt de vous faire progresser et avancer. Enrichir vos connaissances ou corriger vos erreurs techniques pour par la suite apporter une réelle avancée sur ces points. Ensuite elle va permettre de vous situer, vous poser et avoir un regard de vos pairs puisque vous allez en priorité vous adresser à un panel de photographes.

Ce panel je le précise doit être des personnes compétentes, avec un réel parcours ou portfolio de qualité. Pourquoi ? Tout simplement car ils ont atteint un certain niveau de maitrise. Je ne dis pas que ce doit être des Artistes avec un grand A mais bien des gens avec des vraies compétences, un œil averti. Des gens avec un travail abouti et facilement démontrables.

Si vous laissez les critiques de photographes débutant ou juste confirmés, voire encore les « spécialistes » auto proclamés et devenus une référence dans leurs microcosme social prendre le dessus; forcément l’analyse risquera d’être tronquée. Pas toujours certes mais cela peut arriver et c’est facilement démontrable à l’ère des réseaux sociaux, repère de pseudos experts.

Les réseaux sociaux, la critique photo et la bienveillance malsaine

Là où je veux en venir sur la critique photographique c’est qu’aujourd’hui on fait face à un gros problème : les réseaux sociaux, et la démocratisation de la photographie auprès d’un public très large. L’avancée technologique a rendu la photographie plus accessible et nombres de personnes ont découvert les joies de la photo. Un moyen d’expression il faut le reconnaître qui est fantastique. Le problème c’est que de plus en plus de personnes, de plus en plus tôt, se disent photographes, et une très grosse partie après 6 mois de pratique s’imaginent devenir un graaaaaaaaaaaand professionnel devant l’éternel et se proclament expert.

La courbe ci dessus explique bien la progression classique des photographes. A savoir qu’une très grande partie va rester coincé sur la ligne beue du milieu et stagner en haut sans jamais redescendre.

Bref tout ce monde se retrouve en grande partie touché par l’effet Dunning Kruger, qui dans les grandes lignes se traduit par un excès de sur confiance et une surestimation de ses compétences sans oublier de grosses lacunes dans le domaine de la culture photographiques. Car oui la photographie ce n’est pas juste de la technique c’est aussi une histoire, une culture indispensable pour avancer.

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Encore une fois les trois quart des photographes qui s’auto proclament expert sont encore coincés au niveau des pointillés vert….

Le problème est que cela engendre des avis et critiques de personnes qui ne sont pas assez compétentes pour apporter une analyse crédible. Leurs travaux sont souvent en dessous voire au même niveau que le photographe qui demande un avis construit. Mais ils n’en ont palus le recul suffisant.

La critique empathique pour un juste retour

En effet la tendance est à la critique « bienveillante » et empathique : s’extasier pour pouvoir en retour bénéficier de la même empathie sur son propre travail. Les « J’adore », « Trop beau », « juste parfait » ne sont pas de critiques mais juste des compliments pas toujours adaptés. Donc faussés souvent par un manque de pratique/culture/expérience C’est compréhensibles pour ceux qui sont encore au stade de débutant, d’apprentissage et qui n’ont pas de recul. Mais pour d’autres c’est juste de pouvoir bénéficier de la même empathie sur ses propres photos et récolter des j’adore, trop beau à leur tour.

Les bienveillant

Ajoutons aussi les fausses excuses des « critiques constructives et positives » où les personnes s’imaginent qu’on est dans un monde de bisounours. « Soyez constructifs et bienveillant !!!!!! ». Arrêtez de vous cacher derrière ça pour entendre des j’adore et des « trop beaux » une critique ne peut être QUE positive sauf si vous êtes un très grand photographe avec une maîtrise réelle.

Mais bon sans quand c’est de la merde il faut le dire, quad c’est foiré il faut le dire. Assumons ! Pas besoin d’être verbeux ou insultant il suffit juste d’expliquer là où ça  foire point barre. Le constructif c’est aussi démontrer que l’échec est parfois présent. L’échec doit entrainer une correction pour atteindre la progression. L’échec n’est pas une fin en soi. L’échec n’est pas forcément total mais peut être partiel voire ciblé. Apprenez à filtrer et à comprendre la critique. Apprenez aussi que vos photos n’ont parfois aucun sens et oui on est tous passé par là avant vous….

Les hypocrites

Petite mention spéciale aussi aux auteurs des photos qui « demandent » des avis, des critiques et qui au final se scandalisent dès qu’un avis négatif est émis. Ou dès qu’un spécialiste, ou photographe avec plus d’expérience se permet d’annoncer un avis personnel sur une tendance vue et revue, copiée, recopiée et re-re-visitée, une manière de faire, une erreur à corriger. On a le droit alors à des « merci pour votre avis » assez sec traduisant : « ton avis ne m’intéresse pas ». Ces auteurs en effet adooooooorent qu’on leur réponde : mais c’est trop beau, comment tu as fait, je rêve de pouvoir faire comme toi et j’en passe. Là vous aurez des réponses de l »auteur bien plus développées que le « merci de ton avis » cité plus haut.

Les artistes incompris

On trouve aussi les artistes incompris. Ceux là même si c’est raté vont sortir l’excuse bien connu du « c’est voulu ». C’est voulu d’être cramé, penché, flou bref personne ne les comprend. On va aussi dans le lot trouver les experts en rien mais qui ont un niveau plus élevé que d’autres et sont un peu auto proclamés « expert du groupe/forum/etc » et qui sont devenus presque intouchables. Traduction : toute critique envers lui entraîne une huée générale de l’ensemble du fan club. Ses photos sont forcément des oeuvres.

Humilité quand tu me tiens

Si vous demandez un avis il faut avoir en soi de l’HUMILITE ! Rangez vos EGOS et assumez de ne pas être aussi bon que vous ne l’imaginez. Acceptez les désaccords. Arrêtez de vous cacher derrière des excuses bidons du « c’est voulu », « c’est mon style », « c’est ma façon de retoucher » alors que vous ne savez pas ce que c’est d’avoir vraiment un style ou que vous retouchez à la truelle.

Pourquoi vous ne progresserez pas sans une véritable critique ouverte

A trop être bienveillant on construit une génération de photographes qui s’imaginent avoir des compétences  qu’ils n’ont pas et continuent à produire, et insister à produire des erreurs en s’imaginant qu’ils sont talentueux. Le talent ce n’est pas juste avoir un œil. C’est aussi être un technicien correct à minima. C’est aussi comprendre, apprendre, analyser et se  baser sur les arguments qu’on vous avance et qui expliquent pourquoi il y a un souci. C’est s’inspirer de la culture (photographique et picturale) pour comprendre ce qui fonctionne, pourquoi ça fonctionne et quelles leçons en tirer.

Arrêtons un peu de se baser sur des avis de la famille, amis, followers etc ou toute personne qui apprécie certes votre travail mais n’ont pas les compétences et le recul suffisant, la culture nécessaire pour vous faire avancer. C’est génial de faire des images qui plaisent à tout le monde, mais c’est encore mieux de faire des images qui ont du sens, qui vous forment à être meilleur, à vous tirer vers le haut dans votre domaine.

La critique franche et ouverte c’est parfois dur à assumer. On s’imagine être bon, doué, avoir fait une image incroyable. Mais le regard extérieur de personnes passées par là avant, qui ont un vrai parcours solide vous repositionnera sur le chemin de la progression. Car la courbe de progression elle va en vague. Voir le schéma ci-dessous. Les trois quart de personnes fermées, qui refusent une argumentation resteront coincées sur la courbe bleue.

Les excuse vont fleurir souvent lors de discussions sur ce sujet : on est amateur pas professionnel  (le pro c’est juste un numéro de Siret facturer hein), tu te permets d’être jugeant, tu n’y connais rien, de toute manière l’art est subjectif, c’est voulu, ou encore tu n’es pas constructif et bienveillant.

Arrêtez la guimauve. Ah un moment donné rangez vos égos et acceptez le fait que votre photo c’est de la merde. Voilà c’est dit. Assumez que votre photo a besoin de maturité, de progression et de réflexion pour faire de vous un photographe qio doit encore progresser.

Apprenez à vous remettre en question et assimiler le fait que non ce n’est pas parce que vous faites soi-disant de la photo depuis vos 5 ans que ça fait de vous un photographe. NON ! La photographie s’apprend comme la peinture et le dessin. Si on va par-là moi aussi je sais dessiner. Je fais des bonhommes bâtons et c’est de l’art. Dans la réalité le premier auteur dessinateur qui voit mon boulot va me dire clairement : non le dessin ce n’est pas juste ça, ton truc c’est un gribouillis. Et il va apporter des éléments de critique. Et comme je suis humble et que je me remets en question je vais bosser dur pour m’approcher de son travail.

Pour conclure la critique photo fait mal pour faire le bien

La critique photo n’est pas forcément un processus de flagellation. Le négatif n’est pas une fin en soi c’est juste pour pointer ce qui ne va pas et comment améliorer. Il faut vraiment accepter la remise en question et le fait de comprendre que ce que vous pensez de votre travail, n’est pas forcément parfait. Accepter le regard et les recommandations sont un excellent moyen de progression. Arrêtez de vous sentir insulté dès qu’une critique n’ira pas dans VOTRE sens et remettez-vous en question, repartez d’une feuille blanche et recommencez avec en tête les conseils donnés. Avec cette humilité et cette remise en question, cette volonté de progresser votre photographie évoluera.

PS : si vous vous demandez comment je juge mon propre travail vous serez surpris de découvrir que je pense plus me situer en bas de la courbe bleue. Un peu entre le « putain je suis nul » et les 10%… Je ne critique que peu car je n’estime pas avoir la compétence pour. Mais à défaut j’accepte la remise en question sur mon travail personnel.

A visionner pour comprendre et apprendre, prendre du recul et avancer dans votre travail photographique !
Un résumé des arguments que je vous ai proposé 😉

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