Un domaine peu répandu

La photographie équestre est un domaine assez particulier. Il s’adresse avant tout à des passionnés de chevaux. Mais mon but est aussi de réussir à séduire les néophytes, ceux qui n’apprécient pas forcément l’animal. C’est un défi assez complexe car cela exige de voir au-delà du regard du cavalier avec  parfois le besoin d’opposer la vision de l’homme de cheval. Les photographes spécialisés dans ce domaine se comptent sur les doigts d’une main si je puis dire. En comparaison des portraitistes, paysagistes, photographes de mode ou d’objet c’est une discipline assez méconnue car dédiée à un public précis. J’ai testé de tout au départ : paysage, portrait etc et au final j’ai pris conscience que je devais réunir mes deux passions : chevaux et photographie. C’est venu au bout d’un certain moment et ça a explosé comme une évidence. Pourquoi ne pas y avoir songé avant ? Allez savoir : besoin d’essayer autre chose peut être.

Un thème, plusieurs domaines

La photographie équestre couvre deux domaines en général. Le plus répandu reste la compétition. On retrouve ainsi de nombreux spécialistes des concours hippiques : CSO, CCE, Dressage. On trouve donc des photographes qui couvrent des concours locaux comme des photographes qui vont assurer la couverture de très grands CCI. Personnellement j’ai testé et je le fais encore, ce type de photos. Malgré la prouesse sportive, la beauté de certaines prestations j’ai délaissé cette partie pour sa redondance et son côté « sportif ».

En effet ça requiert de suivre chaque parcours et le tout multiplié par le nombre d’engagés. Au final c’est une discipline photographique qui m’a laissé sur ma faim. Les arrières plans sont souvent peu esthétiques, le cadrage laisse toujours place à des éléments perturbateurs sauf à moins de pouvoir accéder au centre du parcours. Toujours à mon avis, il m’a laissé peu de latitude quant à la dimension artistique. Pas de possibilité d’organiser un projet précis sur ce thème, limité à des dates et endroits précis bref… Je pratique toujours mais à petite dose.

La photographie d’art ?

Je me classerais peut être dans la catégorie art, il faut bien se ranger dans une case. Art est un grand mot pour moi qui me semble encore trop fort envers le travail pas encore assez qualitatif que je produis. Par Art j’entends esthétique, j’entends prouesse, beauté, fusion, émerveillement. On dit que l’art est subjectif car il appartient à chacun d’avoir un avis personnel sur la question de ce qu’il voit. Je me réfère donc à cette vision personnelle qui est la mienne pour mes photographies équestres.

Intimité, émotion, lumière

Ce que j’aime dans cette pratique c’est pouvoir dégager une émotion, une complicité. Je veux pouvoir partager ma vision du cheval, ma complicité avec lui. Je suis devenu un passionné d’émotions : celles qui unissent le cavalier à son cheval, le regard que ce dernier lui porte. Voir ses yeux briller et s’écarquiller. Ce lien qui se tend entre ces deux êtres et que rien ne pourra briser. Un moment si intense que le monde autour de soi disparait : ni bruit, ni foule il n’y a qu’EUX. C’est une symbiose à part entière : le cheval et son cavalier ne font qu’un.

A ceci j’apprécie aussi de capter les lumières même si cela reste un exercice très très complexe. Cela semble simple mais requiert en fait une longue pratique. Je reste d’ailleurs en émerveillement devant de vrais photographes qui ont réussis à la dompter. Les manèges où évoluent les chevaux sont autant un véritable calvaire qu’une véritable  possibilité au vu des lumières produites. Capter ces colonnes de poussières qui s’illuminent, ce rayon de lumière sur une croupe. Tantôt trop sombre, tantôt trop de contre-jour  ils sont aussi sources de lumières superbes au fil de la journée.

Les prés sont souvent illuminés de soleil sauf en soirée mais là encore c’est le temps qui me manque parfois pour pouvoir être là au bon moment. Les saisons sont aussi sources de couleurs étincelantes et un pré brûlé en été devient un vrai tableau au cœur de l’automne. Et le cheval ne reste pas figé, il est tellement actif que l’ensemble des paramètres bouge constamment imposant de s’adapter en permanence avec des choix parfois difficiles en terme de réglages.

Liberté, mise en scène, portrait

Dans la photographie équestre je fais un peu de tout : de la mise en scène préparée à la séance totalement improvisée. En liberté, monté, au pré… J’aime capter les postures, les attitudes du cheval qui se déplace, qui se déploie. Il est d’une beauté saisissante. Les crinières dans le vent prennent un volume splendide, les naseaux se dilatent, l’œil brille c’est tel quel que je l’aime : libre et naturel. Si je pouvais ajouter le bruit à mes images elles prendraient vie.

Je réalise aussi des portraits. Tenter de saisir une émotion, un port de tête, un regard sur les choses que nous n’avons pas nous humain. Saisir ces grands yeux qui s’éclairent. Une attitude, une pose, un moment. C’est un instant parfois magique, très bref, demandant ainsi une patience infinie.

Patience, pratique et regard sur le cheval

Tout ceci est un exercice peu évident. Cela demande une connaissance, une pratique des chevaux importante et surtout un regard dessus qui vient du cœur. Il faut de la passion au sens pur pour déceler ces moments. C’est tellement peu simple que même si techniquement la photo est bonne : nette, propre je peux la supprimer en raison d’une oreille, un regard, une gestuelle qui va troubler ce regard de passionné… Le cheval ne ment pas, ne pose pas. C’est à moi de déceler le moment qu’il faut, d’apprendre à être très patient pour guetter le moment exact où il faudra déclencher. Parfois ce moment est juste pour moi car je n’aurais pas eu le temps d’épauler mon appareil.

Etre sélectif

Vu mon passé professionnel du monde du cheval je suis aussi très sévère sur ce que je vois et très sélectif. Je visite donc beaucoup d’écuries, d’élevage et je reste seulement si j’aime ce que je vois. Seulement si la philosophie du lieu et des cavaliers me plait. Je suis assez exigeant sur certains détails et ça me permet d’exercer en toute sérénité. C’est aussi un moment d’échange et d’apprentissage pour moi avec les professionnels. Ma culture équestre a toujours soif d’apprendre et je me ressource auprès d’eux. Photographier c’est bien mais comprendre chaque cheval est important pour mieux le magnifier.

Plus qu’une drogue une bouffée d’oxygène

Mes deux passions réunies, photographie et chevaux mélangées me donnent une bouffée d’oxygène. C’est mon air pur, ma façon de décompresser. Retrouver ce contact avec le cheval, entendre le bruit des mâchoires dans l’écurie, ça gratte, ça tape, ça souffle, ça grogne, ça hennit. Passer mes mains sur ces encolures si douces et sentir ce souffle chaud. Caresser le velours des naseaux et sentir ces grosses lèvres qui vous chatouillent la main à la recherche d’une petite douceur. Passer ses mains partout pour sentir ces muscles imposant qui bougent, cette peau chaude qui vibre et cet animal qui explose de vie.  J’avance prudemment dans ma pratique, j’ai encore une progression énorme à faire mais je suis ma route tranquillement. Une chose est sûre je ne vois plus que par lui, l’ami Cheval.

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