Le cheval, parent pauvre dans l’art photographique

Le cheval en photo : une pratique de niche

Aujourd’hui faire de la photo équestre et vouloir s’intéresser à une pratique purement artistique, plutôt que commerciale, sportive ou publicitaire c’est une galère. La photo de chevaux est déjà une pratique de niche. Alors si en plus on veut se spécialiser dans un créneau de photo dite d’auteur, dans des travaux esthétiques, artistiques c’est un vrai pari casse gueule.

le cheval de trait en studio - studio photo équin - Grain de Pixel - photographe équestre et canin - Angoulême - Charente

La photographie et l’art, les chevaux

Le premier problème que j’observe c’est que la photo artistique, comprendre par là des travaux avec des séries, sous format documentaire ou autre c’est déjà un monde à part. Quand je parcours les expositions photos la thématique récurrente c’est : l’humain sous tous les aspects sociaux possibles : médicosociale, travailleurs sociaux et précarité, communauté, portraits et autres aspects humains. Chose logique et intemporelle. On va aussi retrouver les reportages à l’étranger : guerres, sujets sociétaux, catastrophes naturelles, voyage etc. Et j’ai une liste longue comme le bras sous le coude.

Pour les animaux ? La seule catégorie qu’on retrouve en masse c’est la faune sauvage. La photographie animalière sauvage est la seule thématique que l’on peut retrouver massivement et facilement. Je n’ai vu ou peu vu de catégories dédiée à l’animal domestique. J’ai beau chercher mais je ne trouve que très rarement des travaux de photographes exposés portant sur les animaux domestiques de manière essentielle. Alors ne parlons pas du cheval qui n’existe en photographie que sur des bribes de séries ou travaux spécifiques.

Dans ces travaux dédiés au cheval et médiatisé j’ai le don de tomber sur des travaux et réalisations par des photographes qui sont souvent tout sauf spécialisé dans l’équin. Ils abordent le cheval sous une forme un peu étrange à mes yeux. Mais alimenté par une intention artistique intellectualisée au possible ça semble avoir un sens. Mais pas pour moi à priori. On va trouver aussi els artistes photographes plasticien dont le contenu m’interroge sans jamais arriver à comprendre les subtilités.

Après dans les « classiques on va trouver les chevaux « sauvages ». Islande, Amériques, ou autres pays où certaines races sauvages demeurent. Mais là encore c’est du reportage, de la photographie captée et pas posée ou mise en scène. J’aime cet aspect mais la répétition me cause un problème : je m’ennuie même si mon œil adore le travail, même si j’apprends toujours quelque chose. Le côté répétitif du cadre voyage et reportage tend à créer une forme d’uniformité.

A quand une véritable exposition photo dédiée au cheval, une véritable approche différente. Qui puisse parler aux gens de chevaux comme au grand public sans pour autant verser dans une approche incompréhensible pour beaucoup. Je désespère de voir un jour naitre une exposition dédiée au cheval. LE Cheval, pas l’animal sauvage, pas l’objet d’une étude faite par un artiste plasticien et dont la compréhension est réservée à une élite ou des gens à l’éducation artistique prononcée.

Le seul que je connaisse qui soit assez médiatisé et qui parle au grand public, au vu de la portée de son nom c’est Yann Arthus Bertrand, dont j’adore le travail. C’est le seul photographe dont la thématique équine semble avoir une valeur aux yeux des festivals. Quand on parle de photographie équine tout de suite : « ah oui vous faites comme Yann Artus Bertrand ». Le raccourci est vite pris

On va me reprocher de chercher la reconnaissance avec un travail personnel peut être non abouti et frustré par désespoir en conspuant le travail des autres (c’est du sarcasme rassurez-vous). Que nenni. Je n’ai pas de prétentions ou de volonté d’égo ou autre (d’ailleurs mon ego je cherche encore où je l’ai rangé). Mon travail a certes du chemin à faire pour atteindre un niveau d’équilibre et de maturité mais je ne me permettrais pas de dénigrer le travail d’autres personnes.

J’ai juste ce regret de ne pas pouvoir découvrir physiquement les travaux d’autres photographes équestres exposés et accessibles. Des travaux aboutis, qui racontent une histoire, une série empreinte d’émotion avec une démarche artistique sincère, accessible et compréhensible. Comprenez pas là que je voudrais voir chaque visiteur apprécier l’image et comprendre la démarche de son auteur. Ne pas faire semblant d’avoir compris, ou passer à côté du contenu faute d’un texte d’intro perché et incompréhensible par un public non initié.

Quand je précise texte perché c’est que souvent, c’est un avis personnel, les textes d’intention sont souvent à mes yeux totalement hors sol et se dédiant à une élite de personnes baignant dans le monde de l’art et de la création. J’ai l’impression d’une forme de prétention. Excusez-moi d’avoir cette opinion mais je doute d’être le seul à la partager. Je vous mets quelques liens :

https://www.konbini.com/popculture/jai-compris-quil-etait-normal-de-ne-rien-piger-a-lart-contemporain

Oui ma réponse est non argumentée, raccourcie mais il est difficile de synthétiser les choses sur un simple article. C’est avant tout un constat global pas une généralité.

Le cheval : quand l’art s’en désintéresse en photographie

Je sais que ma culture artistique peine, qu’elle est représentative de ma méconnaissance etc. Mais globalement le cheval dans l’art est assez peu représenté. On va le retrouver dans la peinture, la sculpture mais en photographie rares sont les auteurs à s’être consacré entièrement à cet animal. Les travaux restent anonymes même si pourtant il existe des œuvres fantastiques, autant dans la recherche, que dans l’esthétique.

Je le constate moi-même lorsque je démarche des lieux d’expositions. La surprise est souvent vite gommée à la découverte du travail mais malgré tout on sent une interrogation dès le départ quand on parle de travaux photos et de chevaux. On se sent un peu comme un extraterrestre. Aujourd’hui encore malgré l’émergence de milliers de jeunes photographes post covid, qui pour le moment à mes yeux et à mon opinion travaillent tous sur des œuvres plus commerciales qu’artistiques.

Il y a encore trop peu d’artistes dédiés qui ressortent du lot. Ou du moins qui restent dans un anonymat assez relatif ou seulement connu des initiés. A l’étranger j’ai l’impression qu’il en existe plus mais toujours sous une médiatisation trop discrète.

séries photographiques créatives - cheval de calligraphie - Manser Fluxser - Franck Simon - Grain de Pixel - photographe pour le cheval - Charente - Nouvelle Aquitaine

La photo équine ça ne se vendra pas

J’en discutais avec un ami artiste, qui possède à contrario de moi une culture de l’art bien plus importante, un parcours artistique issu des Beaux-Arts, et une expérience dans le marché de l’art qui lui permet d’avoir le recul nécessaire. Comme il me le dit si bien le problème c’est que le cheval seul ça ne se vendra pas. Il faudrait presque intégrer l’humain au premier plan, le cheval au second pour donner une certaine importance, valeur aux œuvres.

Traduction : j’ai l’impression qu’un reportage sur des cultures qui intègrent le cheval dans leur travail, leurs coutumes etc possède plus de valeurs aux yeux des protagonistes du monde de la photo et de l’art. Comprendre par-là que le cheval n’est plus LE sujet initial. Il faut intégrer à minima la relation Homme Cheval en conservant l’Humain sur le devant de la scène pour conserver une attirance, un intérêt suffisant.

En même temps il y a bien des artistes qui vendent des toiles blanche à 9000 euros, d’autres des sculptures invisibles. Je peux encore essayer de croire en l’art ?

Un jour peut-être le cheval deviendra un sujet artistique plus représentatif

Avec le temps et la progression de la photographie équestre j’aspire à voir le cheval prendre une forme plus importante dans l’image, la photographie. Mais reste que le mouvement photographique équestre, où aujourd’hui tout le monde se lance dans la photographie professionnelle sans réelle formation ou connaissance, sera à mon sens désintéressé de cet aspect artistique. Je constate plus d’attente sur l’exposition sur les réseaux à la recherche d’une reconnaissance éphémère que la volonté réelle d’œuvrer pour créer un travail réfléchi et construit en vue d’être exposé, montré avec une démarche réfléchie et empreinte de sens. A voir sur long terme.

Là aussi et je m’inclus dedans car je regrette aujourd’hui de ne pas avoir eu la possibilité de le faire, je regrette que les écoles de photographies, pas les écoles bidon avec des programmes tout aussi vides, ne soient pas plus légion pour former ainsi autant des artisans que des artistes. Instiller et distiller la culture artistique, le travail d’auteur avec ses recherches, ses réflexions et la construction d’un travail fort et avec du sens.

Tout comme les « formations » qui surviennent de partout mais s’axent sur des voies marketing aux accents de rentabilité : retouches ou marketing point tant que c’est à la mode et que ça se vend. Quant aux formations axées sur la démarche artistique, le travail d’auteur, le travail en série reste assez anonyme ou parfois inaccessible dans l’aspect intellectuel, qui peut alors vite devenir un frein pour beaucoup. L’esprit d’illégitimité étant très présent dans la génération de photographes qui se sont formés sur les réseaux n’aide en rien non plus pour gommer ce syndrome de l’imposteur, malgré les qualités formidables possédées par certains.

Bref beaucoup de questions, d’interrogations, d’approximations (car je sens que je vais me prendre une flambée de retours). Mais une question qui reste sans réponses : le cheval en photographie d’art a-t-il sa place ? Comment pouvoir le mettre plus en avant ou du moins faciliter sa présence dans les disciplines photographiques plus médiatisées ?

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