Photographes : arrêtez de donner vos photos gratuitement

Ce billet d’humeur est destiné à pouvoir apporter et aider les photographes équestres, équins et animaliers à mieux comprendre et améliorer des pratiques qui se généralisent depuis un certains nombres d’années. De quoi va-t-on parler : donner ses photos gratuitement en échange de publicité / visibilité / abonnés. Ces pratiques ont souvent issues d’une méconnaissance des mécanismes et d’une séduction de visibilité sur les réseaux sociaux.

La photographie étant devenu un art plus accessible que par le passé depuis l’arrivée du numérique et l’accès à l’entrepreneuriat photographique, via la simplification de la création d’entreprise, beaucoup plus aisé. Il existe donc aujourd’hui beaucoup de photographes en herbe, spécialisés, professionnels etc. Le problème est qu’avec une démocratisation rapide de ces éléments le savoir associé n’a pas suivi. Et comme le marketing et l’appât du gain sont toujours plus rapides que la progression et la diffusion de la connaissance, certains ont trouvé le filon à exploiter : les photographes ! Voilà comment le mécanisme de donner ses photos gratuitement a commencé à émerger.

La photo est un média qui a explosé. Beaucoup de production d’images sont réalisées de part et d’autres. Tout le monde se voit photographe, l’image du métier est glamour et fait rêver surtout à une époque où le paraitre atteint des sommets de priorités. En clair si nous ne sommes pas visibles, ou connus sur les réseaux sociaux on n’existe pas. L’image est tronquée et réductrice mais recèle une forte part de vérité.

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Photographe amateur ou professionnel, il reste un créateur

Mais réaliser des photographies c’est aussi et avant tout créer. Un créateur possède son ou ses œuvres. Le photographe dispose donc d’un droit inaliénable sur ses photos. Pour les exceptions nous verront ça plus bas. Vos œuvres ont une valeur : sentimentale, pécuniaire, artistique. Même si le contenu ne casse pas trois pattes à un canard. Là encore il existe des exceptions que nous verrons en fin d’article. Retenez juste que votre travail vous appartient, même à un très petit niveau de maitrise. La photographie est non seulement un art mais aussi un artisanat pour une partie des photographes : une entreprise avec ses charges et autre subtilités. Comprenez que dans les deux cas de figures il y a un auteur.

Avec un statut professionnel ou amateur. Etre professionnel c’est juste avoir un statut, un siret (pour réduire les choses simplement) permettant de vendre une prestation de façon légale en échange du versement de charges et impôts. Je fais au plus simple.  Son travail est donc au-delà de la valeur artistique un moyen de gagner sa vie. Ce n’est pas pour autant que le photographe amateur doit s’imaginer que son travail personnel n’a aucune valeur. Il ne doit juste pas en faire un commerce régulier.

Que faire avec mes œuvres

Avec ses œuvres on peut faire énormément de choses à tous niveaux confondus. Le reste n’est qu’une histoire de budget, de compétences, de possibilités. Exposer dans un local, une galerie, sur un site web ou encore sur des réseaux sociaux. Publier et exposer son travail fait partie du processus de maitrise, d’apprentissage, de création de la photo. Ainsi on peut bénéficier de l’aide, de la vision d’autres personnes ou communautés pour améliorer sa technique, progresser dans sa démarche artistique etc. Puis un jour, comme on souhaite être vu, voir son travail valorisé, avoir la possibilité de se renouveler artistiquement ou trouver de nouveaux sujets, se rendre visible aux yeux des autres, du monde dans lequel on évolue ; on va forcément se mettre en quête du graal : le sujet.

En dehors des amis, connaissances et autres un jour vous serez peut être démarché ou vous démarcherez des élevages, des personnes  qui pourront vous proposer des thèmes et sujets vraiment moins ordinaire que le classique. Parce qu’en tant que photographe on a besoin de matière, de différences, de multiples possibilités. Et certains utiliseront le mot clé idéal pour renforcer l’attrait : la visibilité. Et souvent on se fait tous ou presque tous piéger par la sirène de la visibilité apportée. Mais c’est quoi la visibilité ? Visibilité sur la toile : internet, médias presse, trouver une clientèle ou du moins l’enrichir, montrer son existence en tant que jeune photographe professionnel fraichement installé et séduire, créer le besoin, voir ses photos admirées etc.

Les pièges de la fameuse visibilité

Je vous propose deux exemples qui devront vous apporter un certain éclairage sur le problème qui va finir par se poser :

Une entreprise (élevage, écurie, artisan etc.) vous propose un partenariat : vous réalisez gratuitement des photos pour eux et en échange elle vous assure d’améliorer votre visibilité. On vous annonce publier vos photos sur le web pour accompagner leurs publications  avec la mention de votre site/réseau social etc. En échange vous autorisez la marque/entreprise/professionnel à utiliser vos supports. C’est tellement chouette ! Et cette entreprise vous fait bien comprendre que les photographes sont toujours ravis de venir. Bien entendu l’entreprise ne vous rémunèrera pas.

Ou

Un influenceur (ou du moins une personne avec un peu de visibilité et qui se prédestine à cette fonction)  sur les réseaux sociaux vous propose un partenariat du même type que cité plus haut. Vous réalisez ensemble une ou des séances de façon gracieuse avec les supports numériques offerts. En échange elle/il vous offre la visibilité auprès de ses abonnés. Vous autoriserez cette même personne à bénéficier d’une commission sur d’éventuelles cessions de droits que vous réaliserez auprès de ses partenaires professionnels si ces derniers souhaitent disposer des droits de reproduction. En échange vous allez gagner des abonnés et être vite reconnu. Alléchant.

Ces deux exemples ne sont qu’un simple échantillon de ce qui est presque devenu une habitude : l’exploitation du travail des photographes. J’aurais d’autres exemples comme des concours photos organisés en vue de flouer les droits d’auteurs mais on en discutera une autre fois. Vous avez déjà succombé ? Ne vous incriminez pas c’est arrivé à d’autres avant vous ! Et si vous n’avez pas encore cédé à ce type de partenariat cet article vous aidera à y voir clair.

Le partenariat : arnaque ou réel échange de service équilibré ?

Penser obtenir de la visibilité, des opportunités de décrocher des clients est séduisant sur le papier. Mais, car un mais persiste : est-ce que cette visibilité sera vraiment à double sens ? Est-ce que cette visibilité ne va pas profiter qu’à un seul parti. Exemple : est-ce que l’audimat du partenaire est très localisé autour de vous géographiquement ou vraiment éclaté sur le territoire, est ce que l’audimat du partenaire est susceptible de devenir un client ? Est-ce que le partenaire ne va pas tirer profit commercialement de vos images (ventes de ses produits, vente de services etc). Est-ce que le partenariat est issu de votre fait ou non ? Est-ce que la prestation est rémunérée ou totalement gratuite ?

Le partenariat ça s’appelle normalement de la collaboration. Mais attention à retrouver le sens original, la collaboration c’est avant tout un échange de service entre le photographe et son ou ses modèles. La collaboration que je vais appeler collaboration créative pour que le terme puisse vraiment avoir de l’impact, est uniquement à l’initiative du photographe. Le photographe dans sa démarche de créativité souhaite créer une série de photos sur une thématique précise. Il a donc un cahier des charges à imposer pour que la série soit cohérente.  Les personnes qui répondent se plient donc aux demandes du photographe. En échange il est prévu souvent d’offrir une sélection de visuels réalisés durant la séance en termes de dédommagement ou une rémunération suivant l’accord. Tout ceci est mentionné sur un contrat entre les partis.

Le partenariat sous la forme que l’on voit régulièrement n’est pas de la collaboration. C’est souvent un échange de service déséquilibré.  Il devrait garantir à la base au photographe un retour commercial certain et équilibré au vu du travail fourni. A l’heure actuelle c’est souvent au bénéfice de l’un et au détriment de l’autre. Bien entendu et j’insiste, ce n’est pas le cas pour tous même si vraiment très très courant. Car il ne faut pas oublier le TRAVAIL produit par le photographe :

  • Déplacement (particulier + pro)
  • Séance photo sur place (particulier + pro)
  • Tri et traitement (particulier + pro)
  • Stockage (particulier + pro)
  • Amortissement du matériel photo (particulier + pro)
  • Assurances (particulier + pro)
  • Charges et impôts professionnels, Responsabilité civile professionnelle
  • Le temps passé sur place et à traiter/retoucher n’es pas consacré à du travail pour un client

L’ensemble de cette liste a une valeur financière importante. Pas forcément monétisable pour chacun suivant son statut mais une valeur qui doit être reconnue comme telle. On n’appuie pas juste sur un bouton pour faire une photo.  Mais le problème de fond c’est l’attrait pour le jeune photographe de voir ses photos vues par un large public, voir ses photos appréciées, reconnues. C’est tellement séduisant qu’il faut un certain temps de pratique pour se rendre compte qu’on s’est fait floué.

Le partenariat a apporté à l’entreprise ou au cavalier, éleveur etc des photos gratuites de ses produits. Il a conforté ces mêmes entreprises au fait que rémunérer un photographe est inutile puisqu’avec un peu de réflexion on peut s’arranger pour avoir les photos gracieusement. Certains organismes ont poussé la chose tellement loin que les contrats sont rédigés pour exploiter sans scrupules ces photos. Et comme le photographe débutant, amateur ou jeune professionnel est tellement ravi de voir SES photos sur une campagne de publicité ou sur un célèbre compte Instagram qu’il ne mesure pas l’impact immédiat de ses choix.

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Savoir et apprendre à céder correctement ses droits

L’importance est de souligner que la photo est une création dont la propriété reste celle de son auteur. Cette propriété ne peut se « donner » ou être vendue. Elle peut par contre être cédée pour un usage personnel  ou encore cédée pour un usage commercial sur un temps limité.

Dans le cas de la cession pour usage personnel c’est destiné au cadre familial voire amical. Lors de mes collaborations je cède gratuitement pour un usage personnel  les photos que je souhaite offrir en échange du service rendu : avoir répondu à mes attentes, avoir posé pour moi, mis en œuvre ceci ou cela etc. Je ne rémunère pas mes modèles car je travaille avec des particuliers amateurs et passionnés. Pas de modèles professionnels. Cette collaboration est scellée avec un contrat. Contrat qui mentionne les règles de la collaboration, le cahier des charges, les obligations de chaque partie et le cadre défini de l’utilisation des images finales, l’autorisation de publication des photos concernant le droit à l’image du modèle.

Si par contre suite à cette collaboration, le professionnel ou l’organisation avec laquelle j’ai collaboré souhaite faire un usage commercial des images, je vais rédiger un contrat de cession de droit. Ce contrat doit mentionner entre autre des mentions très importantes :

  • A qui sont cédés ces droits
  • Où seront utilisés ces droits : France, Europe, Monde entier ?
  • Combien de temps ? On ne peut absolument pas céder ses droits pour une vie entière voire plus. La durée doit être limitée. A expiration du délai on renégocie ces droits.
  • Sur quels supports. Si vous souhaitez que vos images ne soient pas visibles sur des mug vous pouvez le définir. La liste mentionnée ne pourra pas laisser possibilité à d’autres produits. Sauf si vous faites un avenant à votre contrat pour les ajouter plus tard.
  • Si une personne reconnaissable est sur la photographie elle doit avoir été informée et avoir signé un contrat vous cédant la possibilité d’utiliser son image pour un usage commercial. C’est un droit inaliénable. A la charge du photographe d’inclure ou non un défraiement pour cet usage.

Ce contrat prévoit aussi et c’est important une rémunération adaptée en fonction des éléments cités plus haut. Plusieurs barèmes comme celui de l’UPP (Union des Photographes Professionnels) par exemple vous serviront de support pour le calcul de ces droits. Chacun reste libre de fixer le tarif mais il est important de ne pas se dévaloriser. Votre travail a une valeur. Ne la négligez pas.

Comprenez bien que je ne cherche pas à vous transformer en rapaces mais à vous apprendre à obtenir la rémunération qui correspond à vos heures de travail. Non la photo n’est pas gratuite, surtout si vous avez passé un temps certain à réaliser ces supports visuels. Quand vous achetez un produit vous achetez aussi le temps de recherche et développement de l’entreprise à l’origine de ce produit. Donc pourquoi vous ne devriez pas vous aussi l’inclure ?

Vous l’avez compris on ne fait pas ce que l’on veut avec vos photos. Vous en restez propriétaire et vous cédez temporairement des droits pour un usage commercial contre rémunération. N’importe qui ne peut donc pas utiliser vos photos pour des publicités, catalogue etc sans votre accord et sans contrat. C’est une atteinte à vos droits patrimoniaux.

Si vous découvrez ce type de pratique vous devez interpeller l’entreprise, tenter une médiation et obtenir une rémunération adaptée au vu du préjudice. Non on ne fait pas cadeau de quoi que ce soit même en échange d’un tapis de selle ou un sac de croquette. Si l’entreprise joue les silences radios ou vous rit au nez vous devez rassembler des preuves, faire réaliser  un constat d’huissier dans un premier temps puis engager des poursuites à l’aide d’un avocat. Dur ? faites la même chose par vous-même vous verrez que la marque x ou y ne se gênera pas pour vous écraser juridiquement…

Dans le cas où c’est une très petite entreprise avec une portée très limitée soyons réaliste la médiation doit rester la solution avec un arrangement proportionné. Soyez ferme mais pas trop mesquin non plus. Sauf si c’est de la récidive ou une pratique courante de la part de cette très petite entreprise.

Au passage je rappelle que la mention de l’auteur de la photo est juste une obligation légale, pas un cadeau généreux de la part de celui qui publie. Le « tavu j’ai mentionné ton nom » n’est pas un geste grandiloquent et royal mais juste une règle absolue.

Arrêtez de donner et prenez le temps de créer pour vous

Il est temps d’apprendre à dire non, apprendre à faire valoir son savoir-faire. La photographie est un art et un métier qui doit être rémunéré à sa juste valeur. Il vaut mieux parfois perdre des clients que de perdre sa dignité. Travailler oui mais pas gratuitement, travailler oui mais à une juste valeur. Ce n’est pas parce que vous casserez les prix ou le service que vous serez plus vite reconnu. Ce n’est pas parce que vous êtes amateur que vous devez vous faire exploiter. Donner vos photos gratuitement c'est quelque chose à ne pas faire de façon systématique.

Vous avez besoin de progresser ? Faites du partenariat, des collaborations mais restez maitre de ce que vous proposez : on ne travaille pas gratuitement, on cède des photos dans un cadre défini. Il faut arrêter de laisser les entreprises, festivals, organismes publics et autres profiter de vos créations de manière quasi gratuite.

Oui c’est sympa de voir sa photo affichée en couverture d’un magazine national hippique ou canin, ou encore de voir sa photo affichée en 5mx4m sur un stand à un salon national ou régional. Mais ce n’est pas pour autant que vous devez en faire cadeau. Et non on ne peut pas utiliser votre travail comme ça sans que vous ayez votre mot à dire.

Pour conclure : conseils, lecture, et site web incontournable

Pour terminer ce long et insipide article je vais vous recommander deux choses :

Joelle Verbruge est une avocate spécialisé dans le droit à l’image. Elle est une référence nationale en la matière. Ses ouvrages sont justes indispensable et je vous donne quelques titres à commander de toute urgence. A noter que ces livres sont pour certains aussi bien dédiés aux photographes amateurs que professionnels.

Son blog qui est aussi fort passionnant et plein de ressources, à dévorer sans attendre : https://blog.droit-et-photographie.com/ 

Eric Delamarre est auteur d’ouvrages et aussi un spécialiste du statut d’auteur photographe. IL anime entre autre un groupe de  discussion sur Facebook appelé Devis Excel GPLA et auteur d’une feuille de calcul Excel destinée à calculer les montants de cession de droits. Outil indispensable pour chiffrer son travail

Ses ouvrages à recommander plus que chaudement :

Avec tout cela vous serez mieux armé et vous apprendrez vite à créer de bonnes habitudes dès le départ. Il restera à vous ensuite de déterminer comment va s'axer votre pratique. Et je vous assure que parfois vous allez peut être regretter de perdre un client mais que ce dernier finira ensuite par se rendre compte que si votre travail lui plait il saura investir le budget nécessaire pour acquérir vos services. Donner ses photos gratuitement c'est une chose, mais faire valoir vos compétences c'en est une autre.

Franck SIMON

Je suis photographe professionnel spécialisé dans le domaine équestre et animalier de compagnie. Je réalise une très grosse part de mes images en Poitou Charente et Nouvelle Aquitaine à la rencontre de nombreux cavaliers, écuries et élevages. Le cheval est ma passion, ma muse. Je n'ai de cesse de m'émerveiller devant lui et j'essaie de lui rendre hommage au travers de mes photographies. Spécialisé dans la photo d'équitation mais aussi pour les animaux de compagnie : chien, chat, nouveaux animaux de compagnie (NAC). Car pour vous ils sont partie intégrante de la famille et pour moi partie intégrante de ma vie.

A propos

Je suis un photographe passionné. Les chevaux, les animaux me font vibrer au quotidien. Mon but est avant tout de pouvoir faire plaisir et vous faire voyager au travers de mes images. J'aime aussi partager mes connaissances et mes expériences pour aider d'autres personnes à avancer, à progresser. Car pour moi le savoir doit circuler, voyager et être partagé