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Je continue sur la lancée de mon tout premier article concernant le choix de devenir photographe animalier pour les chiens, les chats, ou encore la branche de photographie équestre. J’avais au cours de ce premier article essayé de vous présenter le cheminement à suivre pour faire de cette discipline votre éventuel métier. Mais ais –je bien véhiculé le message que j’étais censé faire passer ? Je n’en suis pas certain. Je suis donc reparti avec un billet volontairement vitriolé. Pourquoi ? Pour vraiment mettre en avant certaines réalités qui sont souvent passées sous cape du fait du côté moins glamour. Et ce côté glamour du métier il faut le démystifier. Le démystifier pour que chacun puisse réfléchir sérieusement à son choix.

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Pourquoi je ne vous conseillerais pas ou peu cette voie et devenir photographe équestre ?

Quand j’ai choisi de m’installer en tant que photographe équestre j’avais une notion importante à ne pas négliger : une véritable expérience de terrain en tant que professionnel du monde hippique. Je ne parle pas d’expérience en tant que propriétaire de cheval ou encore cavalier assidu. Je parle bien de réelle expérience concrète. Travailler dans le milieu c’est autre chose que d’y passer le mercredi et le samedi et rentrer chez soi après son cours d’équitation. Travailler dans le milieu, peu importe la fonction c’est pouvoir apprécier la réalité des choses : le milieu équestre est un milieu dur, fermé et très complexe. N’y voyez pas une critique c’est important de voir les choses avec manière. Non ce qui vous semble génial quand vous êtes client n’est pas forcément la même chose de l’autre côté. Et la photographie c’est la même chose : passer de sa passion à son gagne-pain c’est passer parfois voire souvent par des chemins de croix. L’herbe qui semblait si verte ne vous sera pas accessible aussi facilement… Il va falloir bosser pour la mériter et en parallèle être capable de la conserver…

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Concours hippique et réalité du terrain en photographie

Venir en concours en tant que simple cavalier et déambuler entre les parcours c’est une chose : on discute, on commente les tours, on fait les recos avec les copains et les copines, on va se promener au paddock on va se boire un verre. Mais le photographe lui c’est autre chose : il se doit d’être présent chaque week-end de concours aux aurores et repartir à la clôture. C’est être capable d’enchaîner tous les tours, les pieds dans la boue. La pause ,et c’est un grand mot, c’est entre deux épreuves : elle est destinée à vider les cartes mémoires, montrer les photos aux clients, se transformer en commercial pour vendre des tirages, expliquer à chaque personne comment passer commande, localiser le passage du client et lui montrer ses photos et ce tout de suite. Puis, repartir pour une épreuve et ainsi de suite. Le tout contre vents et marées, sous la pluie, le vent, le froid et le chaud. Chaque tour compte et chaque tour est un client éventuel à satisfaire. Pas de place pour le confort il faut rester debout dans le sable à patauger ou à brûler sous le soleil et shooter encore et encore. Revenir au stand pour vider les stocks de cartes mémoires, visionner, montrer, commander, repartir…

Quand la réalité s’oppose au reste : le photographe amateur vs le professionnel

Alors oui c’est chouette vu de l’extérieur : le photographe au soleil au milieu de la carrière qui saisit chaque cavalier, une occasion de réaliser des images incroyables. Il connait tout le monde ou tout du moins tout le monde le connait. Il a la classe avec sa veste floquée « photographe ». Il vend du rêve. C’est un « pro » avec du super matos de pro. Je vais vous dire une chose : c’est sympa quand on shoote pour soi depuis les gradins en tant que photographe amateur, passionné. On s’amuse, on couvre une épreuve, on fait des essais, on prend le temps de choisir ses cavaliers. Après on va discuter, boire un coup, manger avec les potes. «Waw elles sont chouettes tes photos tu devrais en faire ton métier je t’assure ! ». Puis rentrer tranquillement parce qu’on fatigue et qu’on veut quand même aller à l’apéro. On reviendra demain pour le Grand prix. « Demain matin 8h ? Non trop tôt et les épreuves ne sont pas top ». Arriver à la maison vider sa carte mémoire et regarder ses prises. Travailler quelques images pour voir ce que ça donne et éteindre le pc parce qu’on verra ça demain. Reprendre ses images une semaine après et envoyer 450 photos sur son facebook pour les potes. On est super content ce qui est normal. Se faire complimenter par ses amis super heureux d’avoir des photos trop bien et surtout gratuites. C’est vrai le pro il a des photos chouettes mais waw 15 balles le tirage en 20×30 ce n’est pas donné. En plus il a juste à appuyer sur un bouton. Allez traversons le miroir comme Alice pour voir ce qui se cache de l’autre côté.

bibibull studio photo cheval - Franck SIMON, photographe équestre et animalier - graindepixel.fr

Le photographe pro vs le photographe amateur

On parlait tout àl’heure de votre production d’image et des compliments. C’est gratifiant mais la phrase est souvent issu d’amis qui sont sympas, veulent faire plaisir et n’ont aucun recul sur le métier ou sur la qualité de votre production d’image. Allez voir le photographe de l’épreuve.  Demandez-lui si ce job vend autant de rêve que vous pensez… Mais allez le voir en fin de journée voire de week-end quand il a saisi pas loin de 2000 cavaliers dans la journée, fait 250 tirages, visionné 4-5000 images et vu passer 20 fois les mêmes cavaliers qui veulent revoir encore leurs photos, quand il commence juste à rêver à un bon lit et de pouvoir manger un bout après 13h de travail ininterrompu, quand il doit encore tout ranger avant de faire les 300 km qui le sépare de son domicile. Où là encore il ne pourra se poser qu’après avoir assuré la sauvegarde de toutes ces images et commencé à trier les épreuves. Et oui le client a commandé, payé et il veut ses tirages. Logique. Donc pas de place pour le repos. Puis revenez trois jours après quand il aura fini de traiter l’ensemble de la commande, vu défiler des milliers de cavaliers sautant un obstacle quasi identique, envoyé les fichiers sur les galeries pour les clients, mis sous enveloppe les tirages déjà commandés etc. Le tout à raison de 12h de travail par jour voire 14 ou 15h. Ouffff enfin du repos ? Du temps avec sa famille ? Non c’est le moment de refaire les sacs et repartir sur les épreuves après avoir mis à jour sa comptabilité en retard, répondu aux 50 mails en attente, réalisé 10 devis pour des clients. Un cycle recommence.

Mais il est passé où le glamour de l’image du photographe de concours hippique ?

J’avoue c’est un état des lieux un peu vitriolé mais avec une certaine part de vérité voire une très très grosse part. Le glamour du métier c’est la perception que vous avez depuis l’extérieur. Oui c’est fantastique de faire d’une passion un métier, de vivre au milieu des chevaux, de faire plein de rencontres, de shooter de grands cavaliers. On crée de l’image. Le photographe artiste est pour vous un véritable rêve.  Mais derrière il faut songer que l’entreprise doit fonctionner et coûte de l’argent : frais, matériel, assurance, carburant, véhicule, charge. Et pour financer tout ça il faut abattre un maximum de travail en un minimum de temps. Etre son propre chef c’est génial : indépendance, emploi du temps aménagé. Mais en fait on bosse tout le temps. On bosse même beaucoup plus qu’une personne employée qui s’arrête à heures fixes. On bosse car on ne peut pas s’arrêter car les factures continueront. On bosse car on veut satisfaire et fidéliser notre clientèle, être aux pti soins pour elle. Pas de travail pas de salaire à dégager et l’entreprise part au va à l’eau. On shoote beaucoup certes mais sur des concours hippique l’intérêt artistique est vite limité voire parfois totalement nul. Sauf sur des commandes spécifiques où on est mandaté et payé par un client pour une mission sur par exemple un CSI *** afin de couvrir les coulisses. Mais le reste du temps soyons franc c’est de l’abattage : un cavalier, deux obstacles ciblés, on compose, on anticipe, on focus, clic, clac, suivant ! La prise de vue c’est 10% de mon temps. le reste c’est comptabilité, traitement, retouches, échanges clients, commande etc.

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Mais photographe de concours c’est accessible à tous

Je vais revenir sur un sujet sensible : le photographe passionné, amateur. Celui qui va vendre ses tirages pour de l’argent de poche ou encore juste offrir pour le plaisir de partager. A savoir qu’on ne ne peut vendre des prestations ou des services sans être déclaré au préalable.  C’est la seule différence entre l’amateur et le pro : le numéro de siret. Le siret permet de vendre mais en échange d’un (gros) pourcentage de charges reversées à l’Etat (pour simplifier au maximum).  Les tarifs  trop cher ? L’amateur ne doit pas ajouter charges, dépenses, matériel et autres frais, c’est du loisir. Secondo : entre la plupart des photographes amateurs et passionnés et les professionnels la différence sera l’obligation de résultats. Une photo ratée pour un loisir ce n’est pas grave, pour le professionnel il vaut mieux avoir des clichés propre pour réaliser une vente. Car prendre des photos ce n’est pas faire des photos. Faire des photos c’est cadrer, composer, déclencher, trier, traiter. Ce sont des compétences à acquérir et à maitriser. Sans ça le client du professionnel sera mécontent et à juste titre. Pour perdurer dans le métier il faut être un bon commercial mais aussi un bon photographe. Quoique un excellent commercial et mauvais artisan s’en sort souvent beaucoup mieux que l’inverse. Donc ce n’est pas parce qu’on aime faire des photos que le passage à un statut de professionnel soit forcément une bonne idée. Derrière il y a un réel engagement, une réelle responsabilité que l’on n’avait pas juqu’à maintentant. Si c’est juste pour marquer “photographe professionnel” et vouloir une reconnaissance de son travail, vous faites un très mauvais choix.

Non le métier de photographe de concours ce n’est pas si simple et si glamour

Donc non photographe de concours c’est comme groom, cavalier professionnel ou coach on vit à 300%. On ne s’arrête que peu. Le week-end est très intensif, la semaine qui suit pareil et les seuls moments de détente qu’on arrive à capter c’est en fin de journée au moment de boucler. Un métier difficile qui oblige à être toujours à fond, ne jamais s’arrêter pour que l’entreprise continue de tourner, se former en permanence, se remettre en question, douter souvent. Alors avant de vouloir quitter trop vite vos gradins ou la lice, prendre votre boitier pour quelques parcours et choisir ce job : étudiez le marché, la concurrence existante. Etudiez les contraintes d’une entreprise même en micro. Réfléchissez au temps que vous allez devoir y consacrer pour être rentable. Pensez au confort que vous allez devoir quitter. Derrière des stéréotypes parfait la dure réalité se cache souvent une difficulté à laquelle on ne s’attend pas : seconde activité pro, faire de la photo sociale (mariage, scolaire etc) pour que l’entreprise tourne.

Si je ne vous ai pas encore totalement refroidi c’est que vous êtes sur la bonne piste. Soyez convaincant et montrez-vous. Et sachez une chose : ce sera difficile, il faudra remettre 100 fois son travail sur le métier, se relever après avoir pris des coups. Car faire plaisir et offrir ses photos c’est comme donner un cours d’équitation pour le plaisir. Quand il faut expliquer que désormais la prestation est payante c’est autre chose. Mais vous serez aussi fier de ce que vous aurez créé. Même si ça ne vous rapportera pas grand au chose au départ il faut se dire que l’on crée, on fabrique. Et ça n’a pas de prix. Pour ma part j’ai souhaité mettre le concours hippique de côté pour me tourner essentiellement vers la photo artistique équine et animalière. Là encore c’est un choix réfléchi et en accord avec mes attentes. Comme vous le constatez je laisse le domaine libre à mes confrères et consoeurs photographe en Poitou Charente et Nouvelle Aquitaine. A votre tour de vous remettre en question. Et puis vous savez rester passionné c’est une bonne chose aussi et cela n’enlève rien à vos capacités artistiques. Il y a de nombreux photographes passionnés bien plus compétent que certains professionnels. Ne l’oubliez pas !

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